Articles scientifiques

Prêter à sourire et donner à penser

Célèbres prix satiriques décernés aux expériences les plus farfelues, les Ig Nobel prouvent, cette année encore, qu’on peut faire travailler ses zygomatiques et progresser la recherche.


01.08.2009 | Jeff Hecht | New Scientist


Etats-Unis


Coca-Cola, Pepsi et autres sodas ont-ils une action spermicide ? Tel est le sujet de re­cherche scientifique qui, parmi bien d’autres tout aussi farfelus, a été récompensé en octobre dernier lors de la remise du prix Ig Nobel 2008. Cette récompense, dont la remise est organisée à l’université Harvard par la revue scientifique humoristique Annals of Improbable Research (“Annales de la recherche improbable”), distingue les découvertes “qui font rire – avant de faire réfléchir”.



Deborah Anderson, du laboratoire du contrôle des naissances à la faculté de médecine de Harvard, a demandé dans les années 1980 à l’étudiante en médecine Sharee Umpierre la méthode de contraception utilisée par cette dernière lorsqu’elle était pensionnaire d’un internat catholique pour jeunes filles à Porto Rico. “Toilette intime au Coca-Cola”, a répondu la jeune femme. “Les ablutions intimes avec du Coca faisaient partie du folklore contraceptif des années 1950 et 1960, car à l’époque il était difficile de se procurer d’autres moyens de contraception, se souvient Mme Anderson. On pensait alors que l’acide carbonique contenu dans cette boisson [comme dans toutes les boissons gazeuses] tuait les spermatozoïdes. On prenait soin de bien agiter avant de se servir de l’applicateur fourni” – c’est-à-dire la bouteille elle-même.


Pour vérifier l’efficacité de la technique, Mmes Anderson et Umpierre, ainsi qu’un confrère médecin gynécologue, Joe Hill, ont mélangé dans des éprouvettes quatre variétés différentes de Coca avec du sperme. Au bout d’une minute, tous les spermatozoïdes ont été tués dans le Diet Coke [appelé Coca-Cola Light en Europe], mais 41 % d’entre eux nageaient encore dans le New Coke, une nouvelle déclinaison du soda de Coca-Cola.


Une autre expérience a valu le prix Ig Nobel de médecine à Dan Ariely, de l’université Duke en Caroline du Nord. Alors qu’il travaillait au Massachusetts Institute of Technology (MIT), Ariely avait administré à deux groupes de volontaires subissant des électrochocs des placebos censés atténuer la douleur. Il avait dit aux uns que leurs comprimés coûtaient 2,50 dollars [1,80 euro] l’unité et aux autres que les leurs étaient vendus au rabais à 10 cents. Ceux qui avaient avalé le faux médicament “le plus coûteux” ont moins souffert que ceux qui avaient pris la version bon marché. Le prix affecte les attentes des patients et par là même leur réaction au médicament, soutient Ariely – plus le remède est cher, plus il est efficace, pensent-ils.


Autre expérience couronnée par l’Ig Nobel, celle qui consistait à sonder la nature humaine : les femmes ont-elles la faculté de signaler qu’elles sont dans leur période de fertilité ? La plupart des mammifères femelles le font ouvertement, mais les hommes, eux, semblent ne pas avoir conscience de ce genre de signaux adressés par les femmes. Pour en avoir le cœur net, Geoffrey Miller, Joshua Tybur et Brent Jordan, professeurs de psychologie à l’université du Nouveau-Mexique, ont demandé à des stripteaseuses d’indiquer le montant des pourboires qu’elles se faisaient par soirée, et de préciser si elles prenaient la pilule ou si elles n’utilisaient aucun moyen de contraception. Résultat : au moment de leur période de fertilité, les femmes qui n’étaient pas sous contraceptif gagnaient bien plus d’argent en pourboires.



Alerte sur les espèces !

 L’Union internationale pour la conservation de la nature, l’UICN, a livré la mise à jour 2009 de sa célèbre "liste rouge des espèces menacées". Au vu des résultats, le temps presse.

Le 3 novembre, l’Union internationale pour la conservation de la nature, l’UICN, a livré la mise à jour 2009 de sa célèbre " liste rouge des espèces menacées " .
Une liste qui ne concerne pas que les espèces menacées. Directeur adjoint du programme pour les espèces de l’UICN, Jean-Christophe Vié le rappelait dans un entretien qu’il nous avait accordé en mars 2008 : le degré de menace qui pèse sur les espèces est évalué sans a priori. En fonction des résultats, elles sont placées dans l’une ou l’autre des 9 catégories de la liste.

Mais l’absence d’a priori ne change rien aux résultats : la situation actuelle est sombre. Des 47 677 espèces répertoriées par la liste rouge, 17 291 (soit 36 %) figurent dans l’une des trois catégories « En danger critique d’extinction », « En danger » ou « Vulnérable ». Cela signifie qu’elles sont menacées d’extinction. La menace pèse sur 21 % des mammifères et 12 % des oiseaux (les groupes les mieux évalués, toutes les espèces connues figurant sur la liste rouge). Et ce pourcentage, déjà élevé, est bien pire dès lors que l’on considère les plantes à fleurs : des 10 876 espèces répertoriées par la liste rouge (sur 281 821 espèces connues), 73 % sont menacées.

La France au 8e rang mondial. Il est clair que la France n’est pas le dernier pays à devoir se sentir concerné. Comme l’annonce le Comité français de l’UICN, « la France se situe au huitième rang des pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces animales et végétales menacées au niveau mondial ». En métropole, sur les 870 espèces répertoriées par la liste rouge, 6 sont classées comme éteintes et 118 comme menacées d’extinction (dont 9 mammifères, 6 oiseaux, et 37 poissons). Et le score s’aggrave lourdement dès lors que l’on s’intéresse aux collectivités d’outre-mer : en Nouvelle-Calédonie par exemple, 365 des 695 espèces répertoriées par la liste rouge sont menacées. Le constat est d’autant plus affligeant que bon nombre de ces espèces sont endémiques, c’est-à-dire n’existent nulle part ailleurs sur la planète. Mais il n’a, hélas, rien de très nouveau.

Comme le souligne Jane Smart, directrice du Groupe pour la conservation de la biodiversité de l’UICN, ’’il est temps que les gouvernements commencent sérieusement à oeuvrer à la protection des espèces et que ce sujet brûlant figure parmi leurs priorités l’année prochaine (déclarée Année internationale de la biodiversité), car le temps presse’’. Les principales menaces pesant sur les espèces sont la dégradation des milieux naturels, la surexploitation, l’introduction d’espèces envahissantes, les pollutions et le changement climatique.

Cécile Klingler
13.11.2008 sur le site de La Recherche



Le coeur humain se régénère













Une équipe de l’Institut Karolinska de Stockholm vient de mettre en évidence la capacité des cellules musculaires du coeur à se renouveler. Cette découverte coupe court à une idée reçue : le coeur est un organe qui ne change pas après la naissance.


Le coeur humain est souvent considéré comme un organe dont les cellules ne se divisent pas après la naissance. Mais est-ce réellement le cas ? Pour répondre à cette question, l’équipe menée par le Suédois Jonas Frisén a utilisé une technique particulière de datation au carbone 14 : elle tire profit des retombées des essais nucléaires effectués à l’air libre depuis le milieu des années 1950 jusqu’à 1963, date de leur interdiction.


Le principe en est simple. Ces essais ont dégagé une quantité importante de dioxyde de carbone, du CO2, dont le carbone est du carbone 14. Or, le CO2 atmosphérique est utilisé par les plantes pour fabriquer leur matière organique, et ces plantes servent ensuite de source de matière carbonée aux animaux. Aussi le taux de carbone 14 intégré dans l’ADN des cellules d’un animal – une personne par exemple - permet-il de déterminer la date de naissance desdites cellules. En la comparant à la date de naissance de la personne, il est alors aisé de distinguer si des cellules sont apparues au cours de sa vie.



L’équipe de Frisén avait mis au point cette technique en 2005, pour étudier l’éventuel renouvellement cellulaire du cortex cérébral occipital (montrant à cette occasion que les neurones ne s’y renouvelaient pas). Concernant le coeur, elle s’est intéressée aux cardiomyocytes, les cellules musculaires à l’origine de la contraction cardiaque, et qui représentent 20 % des cellules de l’organe. Et cela, en étudiant des coeurs sains prélevés sur des personnes décédées.

Résultat ? La conclusion la plus plausible est que les cardiomyocytes se renouvellent lentement, à un rythme qui décroît légèrement au fil du temps : à 20 ans, la proportion de cellules renouvelées chaque année est de 1 %, tandis qu’à 75 ans, elle n’atteint que 0,45 %. On estime qu’à la fin de notre vie, près de la moitié des cardiomyocytes s’est renouvelée.


On ne peut s’empêcher de s’interroger : serait-il possible de tirer parti de ce phénomène en stimulant par exemple la production de nouveaux cardiomyocytes après un infarctus ? Avant de pouvoir répondre à cette question, une première étape va consister à identifier les cellules (cellules souches ou cardiomyocytes matures) à l’origine du renouvellement.


Emeline Trembleau,
Publié dans le magazine "la recherche"

Biodiversité : menaces sur plus d'u tiers des espèces

Année internationale de la biodiversité, 2010 s'annonce mal. Selon la Liste rouge publiée mardi 3 novembre par l'Union internationnale pour la conservation de la nature (UICN), 17 291 espèces animales et végétales, sur les 47 677 espèces répertoriées par l'organisation, sont menacées d'extinction. 21% des mammifères connus sur Terre, tous couverts par l'étude courent un risque d'extinction, tout comme 30% des amphibiens connus et 12% des oiseaux connus.Parmi les catégories dont le recensement de l'UICN ne couvre pas totalement la population mondiale, 28% des reptiles, 37% des poissons d'eau douce, 70% des plantes et 35% des invertébrés recensés sont menacés.
Les causes de ce risque d'extinction sont multiples. La principale est la destruction de l'habitat (forêts, massifs coralliens...) de ces espèces, par exemple par la pratique de la culture sur brûlis, explique Jean-Christophe Vié, directeur adjoint du programme espèces de l'UICN. L'action humaine peut aussi prendre la forme de plans d'assèchement de zones ou de terres cultivables. La surexploitation des ressources, notamment par une pêche excessive, et la pollution jouent aussi un rôle, tout comme l'influence d'espèce invasive.
Des espèces sont aussi touchées par des maladies, à l'image de la grenouille Economiohyla rabborum qu'une maladie fongique place en danger critique d'extinction. "A cela s'ajoute le changement climatique, que l'on ressent déjà, et dont l'impact sera massif", note M. Vié. La France, dont les collectivités d'outres-mer abritent une faune et une flore très riches, se situe au huitième rang des pays hébergeant le plus grand nombre d'éspèce en danger au niveau mondial. Avec 778 espèces mondialement menacées présentes sur son territoire, la France se place parmis les dix pays les plus concernés par ce phénomène, aux côtés de l'Equateur, des Etats-Unis, de la Malaisie, de l'Indonésie, du Mexique, de la Chine, de l'Australie, du Brésil et de l'Inde.

Bertrand d'Armagnac,
Article tiré du journal Le Monde - Vendredi 6 novembre 2009


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